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Appel à contributions

Appel à contributions

L’essor dans le monde germanique. Enquête sur une quête d’identités et d’images, AAC du groupe Germanosphères

L’un des chantiers du groupe de travail interdisciplinaire Germanosphères consiste à explorer les notions de tournant et de transformation dans leurs dimensions historiques et actuelles. Le programme de recherche « Wende & Wandel / tournant & transformations. Dire et penser le changement dans le monde germanique » a pour objectif d’étudier une série de concepts complémentaires, tels l’heure zéro (Stunde Null) dans l’histoire contemporaine ou encore les discours culturels sur l’innovation et la révolution dans les pays de langue allemande. En prolongement de l’ouvrage collectif consacré au déclin dans l’aire germanique [1], ce second tome portera sur l’essor et visera à analyser la dynamique inversée.

Visualisons l’essor. L’essor est le moment de remontée – avant et après la descente – dans l’image des montagnes russes. Il est le mouvement d’ascension de la roue qui tourne. Conceptualisons. Tel le yin et le yang, l’essor et le déclin sont intimement liés. Le temps est le facteur déterminant pour tout phénomène d’enchaînement et d’alternance. L’espace intervient pour tout phénomène comparable à celui des marées hautes et basses, à partir du moment où il y a déplacement de matière visible ou invisible qui peut s’accumuler ou se disperser. La quantité comprend le nombre ou la masse de ce qui bouge en se dirigeant vers le « plus », par opposition au « moins » (nombreux, important). La qualité désigne le caractère de densification, d’intensification de ce qui évolue au sens de « plus », par opposition au « moins » (important dans le sens de pertinent, essentiel).

La comparaison des termes « essor » et « Aufschwung », ainsi que de leurs synonymes respectifs, permet de dégager plusieurs pistes de réflexions pour mieux comprendre les champs lexicaux et sémantiques associés. Les définitions de l’Académie Française [2] renvoient globalement à un mouvement (élan) ou à un départ (impulsion) de type constant (extension) et linéaire (traverse), et ce dans les domaines biologique (envol), politique (développement), économique (expansion) et philosophique (épanouissement). L’ensemble de ces dynamiques est connoté positivement : le concept clé étant celui de progrès, idée qui se situe depuis plusieurs siècles au cœur de la pensée occidentale, comme l’affirme l’historien britannique Niall Ferguson [3]. Agrandir, accroître, augmenter – en étendue, volume ou importance – est une valeur forte. La définition du Duden [4] s’inscrit dans cette même optique de démarrage (Aufstieg) ou de reprise (Wiederaufschwung), d’optimisation (Aufwärtsentwicklung) et de réussite (Blüte). L’accent est mis sur le sport (prise d’élan à la barre fixe / Aufschwung am Reck), la physique (poussée verticale / innerer Auftrieb) et la vitalité – soit au sens large du terme (entrain, fougue, lancée / Schwung), soit au sens économique (hausse économique / Wirtschaftswachstum, Konjunkturaufschwung, Boom, Rush). L’idée prédominante est celle de la force motrice et ascensionnelle, de vigueur (Spannkraft) et de création (Schaffenskraft). L’homme est l’acteur d’une propulsion vers l’avant qui est perçu comme bénéfique, voire salutaire. Le fait de lancer, pousser, faire avancer (anschieben, ankurbeln, vorantreiben) est une finalité à la fois immédiate et absolue. Il serait intéressant d’aller au-delà de la comparaison franco-allemande, et de situer cette problématique dans un contexte à la fois plus transversal et plus universel, à l’exemple de l’historien israélien Yuval Noah Harari [5].

L’essor est un concept tellement vaste et omniprésent qu’il est étudié par toutes les disciplines, que ce soit en sciences naturelles ou en sciences humaines et sociales. Or, ces travaux concernent pour la plupart d’autres objets d’étude qui sont analysés grâce aux outils et méthodes propres à chaque domaine scientifique. Ainsi, les historiens s’intéressent aux phénomènes d’enchaînement et d’alternance en suivant une approche plutôt linéaire. Les économistes en revanche adoptent une vision davantage cyclique, en se penchant sur les hauts et les bas d’évolutions perçues comme conjoncturelles. Les politologues et les sociologues considèrent l’essor comme une dynamique de départ ou de reprise, un élan de démarrage ou une sortie de crise. Les spécialistes en langues et cultures étrangères, tout comme les anthropologues, étudient l’essor sous l’angle du gain en richesses matérielles et immatérielles, que ce soit en termes d’émergence ou de consolidation. Notre projet collectif vise à inverser le scénario, afin de faire de la notion d’essor un sujet à part entière. Nous souhaitons aller à contre-courant de l’approche habituelle qui consiste à examiner une thématique ou une problématique plutôt qu’une simple notion. L’essor devra être abordé sous deux angles différents : en tant qu’objet d’une quête identitaire et en tant qu’objet d’une quête d’images.

En effet, le fait de travailler à plusieurs sur des mots, termes et concepts désignant des réalités intéressantes mais complexes, ici les questions identitaires et imagologiques, est souvent le meilleur moyen d’entamer une réflexion collaborative ciblée et efficace. Pour ramener l’essor de la périphérie au centre d’un chantier réellement partagé – chantier qui aura pour ambition d’être à la fois interdisciplinaire et international – nous voudrions réunir un groupe d’auteurs d’horizons divers. Nous pensons en particulier aux civilisationnistes, littéraires ou linguistes en études germaniques ou dans les autres langues, mais aussi aux disciplines évoquées plus haut – histoire et sociologie, sciences économiques et politiques, anthropologie – ou encore aux philosophes, psychologues, juristes ou géographes… la liste étant non exhaustive. Le travail en binômes ou en groupes transdisciplinaires et transfrontaliers est fortement encouragé, parce qu’il est presque toujours source d’enrichissement mutuel.

Modalités de soumission :
Les propositions de contributions (1000 signes, espaces compris), assorties d’une brève notice bio-bibliographique, sont à adresser conjointement à Anne-Sophie GOMEZ (a-sophie.gomez@uca.fr) et Dana MARTIN (dana.martin@uca.fr), jusqu’au 15 avril 2019 dernier délai. Après la notification d’acceptation (mi mai 2019), les articles (30 000 signes, espaces compris) devront être livrés au plus tard le 15 juin 2019. Les langues de travail sont le français, l’anglais et l’allemand. L’ouvrage sera publié en novembre 2019.

Coordination :

Anne-Sophie Gomez est maître de conférences en études germaniques (littérature) à l’Université Clermont Auvergne et membre du laboratoire CELIS (EA 4280). Elle enseigne la littérature de langue allemande contemporaine, et s’intéresse plus particulièrement aux aires culturelles autrichienne et suisse alémanique. Après avoir travaillé sur l’espace et sur son inscription textuelle, elle se consacre actuellement à des recherches sur les réécritures, l’image et les iconotextes. CV en ligne : http://celis.uca.fr/spip.php?article320

Dana Martin est maître de conférences en études germaniques (civilisation) à l’Université Clermont Auvergne et membre de Communication et sociétés (EA 4647). Ses enseignements portent sur la civilisation et la langue allemande, ses travaux de recherche sur la société allemande et les questions d’identité et d’interculturalité. CV en ligne : http://communication-societes.uca.fr/rubrique66.html

A télécharger

[1] PLATELLE, Fanny / ROTH, Hélène (dir.) (2018) : Le déclin dans le monde germanique : mots, discours et représentations, 1914-2014. Reims, Éditions et presses universitaires de Reims. 314 p.

[2] Voir les définitions des dictionnaires de 1798, 1835, 1932 et 1986, en ligne : http://www.la-definition.fr/definit... (source consultée le 25/01/2019)

[3] Cf. Niall Ferguson - Civilization : The West and the Rest. London, Penguin Books, 432 p.

[4] En ligne : http://www.duden.de/rechtschreibung... (source consultée le 25/01/2019

[5] HARARI, Yuval Noah (2014) : Sapiens : A Brief History of Humankind. London, Harvill Secker, 464p. ; HARARI, Yuval Noah (2016) : Homo Deus : A Brief History of Tomorrow. London, Harvill Secker, 464p.