Thème 2 : l'espace public pluriel
- Thème 2 : l’espace public pluriel
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L’axe 2 du laboratoire Communication et Sociétés analyse l’espace public comme un lieu de débat et de réflexion de la société sur elle-même, en se concentrant sur ses évolutions récentes, telles que celles liées à l’espace public médiatique, aux réseaux sociaux numériques, ainsi qu’à la communication environnementale et en santé. Cette analyse explore comment ces évolutions influencent les dynamiques de l’espace public, en particulier en termes de visibilité des enjeux sociaux et politiques, et comment les pratiques informationnelles et médiatiques redéfinissent les relations entre les citoyens et les institutions.
Ces recherches permettent de saisir les dynamiques et transformations de l’espace public en tenant compte des diverses formes de participation qui émergent dans des contextes variés, parfois invisibilisés. Elles révèlent que la visibilité des enjeux sociaux, notamment en matière de santé et d’environnement, demeure souvent fragmentée et inégale, avec des groupes sous-représentés ou ignorés. Les travaux menés au sein de l’axe 2 soulignent également l’importance de prendre en compte les spécificités locales et les perceptions émotionnelles des citoyens pour analyser plus finement les impacts de ces évolutions sur la façon dont l’opinion publique se forme et évolue dans un contexte où les informations, et les fausses informations, circulent à une vitesse inédite.
Vie de l’axe et dynamisme scientifique
L’axe 2 entend favoriser une animation scientifique dynamique, au travers de séminaires, journées d’études et colloques qui encouragent les échanges transversaux entre chercheurs.
Les séminaires mensuels offrent un cadre qui réunit à la fois des enseignants-chercheurs et des doctorants du laboratoire, et des intervenants extérieurs. Ils permettent aux membres de présenter leurs recherches et de nouer des collaborations pouvant déboucher sur des communications, des articles et des projets de recherche communs.
Manifestations scientifiques : 9 colloques organisés depuis 2019, couvrant des thématiques clés (communication numérique, santé, environnement, médias et réseaux sociaux). Ces événements, souvent organisés en partenariat avec d’autres laboratoires, renforcent l’attractivité et la reconnaissance de l’axe.
Partenariats
- CREM (Université de Lorraine) : Collaboration sur la médiatisation des questions de santé et l’éducation à la santé, avec des publications communes et des événements scientifiques.
- Chaire IA (UGA, GRESEC) : Projet sur l’intelligence artificielle et l’espace public.
- Partenariats institutionnels : Coordination de la Journée départementale des aidants de l’Allier, en lien avec des acteurs locaux et des collectivités.
Doctorats et post-doctorats
Au cours du dernier quadriennal, un doctorant – Amistice Dossa – a soutenu sa thèse sur « La gestion de l'information politique à caractère gouvernemental en milieu journalistique : cas de la télévision nationale du Bénin ».
Cinq thèses sont en cours :
- Anaïs Massoglia : « Intelligence artificielle en santé : comprendre les nouvelles dynamiques de co-construction des informations à l’ère de la révolution numérique »
- Andréa Combre : « Questionner les processus communicationnels de mise en visibilité des femmes scientifiques dans l’espace public pluriel »
- Sarah Ecalard : « Notre-Dame-du-Web : influence et modernité des communautés catholiques à l’ère numérique »
- Nicolas Faucon : « Couverture médiatique locale et ses effets sur les dynamiques démocratiques »
- Kenny Duranty : « L’image des Martiniquais en France (hexagonale) : représentations, stéréotypes et dialogue interculturel »
Durant ce quadriennal, quatre post-doctorants ont participé aux travaux de l’axe :
- Héléna Dagnogo et Evi Basile-Commaille : « Réceptions et impacts des dispositifs de communication concernant l’éveil des lycéennes »
- Fateh Chemerik et Thomas Bihay : « Étude de réception de campagnes de communication sur le risque d’inondation et le retrait-glissement des argiles dans le Puy-de-Dôme »
Financements
L’axe 2 a choisi de renforcer sa participation aux appels à projets nationaux et internationaux, permettant ainsi de développer des collaborations pluridisciplinaires et d’obtenir des financements dédiés à l’emploi de chercheurs post-doctoraux.
Les financements obtenus (projets PACSEN, RIDCELS, COMVOL) visent à répondre à des questions fondamentales concernant l’impact des campagnes de sensibilisation et d’information sur la perception des risques, par exemple comment les populations perçoivent et réagissent face aux risques environnementaux, tels que les inondations ou les phénomènes volcaniques.
- Thématique 1 : La santé dans l’espace public
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Ce sous-thème de recherche s'intéresse aux processus de mise en visibilité de questions sociales dans l’espace public pluriel. Ces questions sont interrogées sur plusieurs terrains parmi lesquels l’émergence d’un espace public sociétal consacré aux questions de santé ; la publicisation de la prévention de la santé au travail ; la légitimité de l’entreprise à prendre en charge des problématiques d’utilité publique (risques psychosociaux, conciliation vie privée/vie professionnelle, bien-être au travail…) ; et l’étude de la visibilité (ou l’invisibilité) dans l’espace public médiatique et numérique de minorités.
Un intérêt majeur est porté à la manière dont les SIC se situent par rapport au champ des émotions et aux affects, en particulier dans le domaine des communications organisationnelles (Dumas et al., 2022). Dans le contexte de recherches partenariales en sciences sociales, les travaux d’Aurélia Dumas et al. (2024) s’intéressent plus spécifiquement à la question du consentement des travailleur·e·s impliqué·e·s dans une étude sur la communication des émotions au travail dans un contexte non thérapeutique, afin d’en saisir des affects non-dits, non montrés, et la place octroyée aux travailleur·e·s eux-mêmes dans l’appréhension de ceux-ci. Soulevant des questions sur la prévention de la santé au travail, Agnès Bernard, Aurélia Dumas et Olivia Salmon-Monviola (2023) s’intéressent à l’accompagnement du personnel soignant auprès des patients en fin de vie par les établissements hospitaliers. La place de la mort dans les discours de ces professionnels, mais aussi leur rôle dans ce dialogue, y sont étudiés.
En second lieu, des travaux interrogent le discours pour et sur les aidants dans l’espace public. Si l’aidant est mieux connu par le grand public et le sujet de l’aidance de plus en plus médiatisé, l’expertise profane de l’aidant ne l’est pas. L’aidant reste à l’écart de la scène médiatique et tant la place que la légitimité accordées à son expertise restent à conquérir (Larguier et Meyer, 2024). Si l’offre commerciale proposée au proche aidant est en pleine émergence, elle gagne du terrain rapidement et différents secteurs s’y investissent (assurances, mutuelles, sécurité, habitat, thermalisme…). Le travail de Christelle Larguier et Alexis Meyer s’intéresse aux stratégies commerciales des entreprises privées et notamment des établissements thermaux (2023), et interroge tant l’approche que la place de l’aidant non professionnel au sein de celle-ci. L’aidant fait partie de l’axe 2 « mobilité humaine pour la santé » du label I-SITE.
- Thématique 2 : La communication environnementale
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Ce sous-thème de recherche s'intéresse à la communication environnementale. Les recherches menées soulignent les obstacles à une prise de conscience collective face aux risques environnementaux. Il s'inscrit dans la politique de l'université qui vise à favoriser une dynamique de recherche pluridisciplinaire ambitieuse autour des problématiques de recherche sur les catastrophes naturelles et le développement durable, qui constitue un des quatre axes scientifiques structurants de l'université au travers de son axe 4 du label I-SITE.
Dans le champ des sciences de la communication, la question de la participation citoyenne aux enjeux écologiques est centrale. Le travail d'Eric Agbessi et al. (2022) analyse des dispositifs locaux permettant aux citoyens de proposer et de voter sur des projets, un quart d'entre eux ayant une dimension écologique. Le Budget Participatif de Clermont-Ferrand illustre ce type d'initiative démocratique. Cependant, cette dynamique a mis en lumière une fragmentation dans les visions de l'écologie qui circulent dans ces espaces délibératifs. Les approches dominantes sont souvent durabilistes, tandis que des visions décroissantes ou résilientes se heurtent à une marginalisation dans les discussions, limitant ainsi les transformations radicales nécessaires face aux défis climatiques.
Les questions environnementales se posent souvent au sein des processus identitaires. Les travaux de Pergia Gkouskou (2021, 2022, 2023) sur la mode et l'artisanat calédonien s'intéressent à la manière dont les artisans s'interrogent sur leur propre rapport à la nature et leur éthique environnementale. Pour les créateurs, cette quête se nourrit de l'histoire des territoires, de récits de vie et de techniques de production ancestrales, mais surtout de pratiques écologiques engagées comme le recyclage des textiles. Leur fusion improbable donne naissance à une esthétique écologique et engagée.
En second lieu, la médiatisation des risques naturels, notamment ceux liés au dérèglement climatique, souffre d'une gestion médiatique sélective, qui privilégie certains risques tout en en négligeant d'autres, souvent perçus comme moins "spectaculaires". Le travail de Rouquette et al. (2022, 2023) explore les processus de mise en visibilité et en discussion des risques environnementaux, notamment les inondations et les glissements d'argile. Les inondations bénéficient d'une large couverture, tandis que des risques comme le retrait-gonflement des argiles restent sous-médiatisés. Les raisons de cette invisibilité sont multiples : caractère diffus et progressif, faible attractivité visuelle, enjeux politiques et économiques freinant leur mise sur agenda.
Selon Alexander Kondratov et al. (2022), la couverture médiatique des risques climatiques est influencée par les biais cognitifs des journalistes et des responsables politiques, qui privilégient des narratifs simples et immédiats. Cette tendance contribue à une perception déformée de la réalité et à une mauvaise préparation du public face aux événements futurs.
Enfin, une partie des recherches se concentre sur la façon dont les messages sont compris, interprétés et intégrés dans les pratiques quotidiennes des habitants. Par exemple, dans le cas des risques volcaniques au Pérou, les habitants d'Arequipa, bien qu'exposés à un risque constant, ne prennent pas toujours les mesures appropriées face à l'alerte de danger (Jacquez et al. 2021, 2022). Cette situation souligne la nécessité d'adapter la communication aux contextes locaux et de tenir compte du rôle des émotions dans la réception des messages.
Les études sur les enjeux de communication environnementale menées au sein de l'axe 2 reposent donc sur une approche multidimensionnelle, intégrant sociologie des médias, communication politique et études des réceptions. Les théories sur la communication du risque offrent des cadres pour analyser les positionnements des parties prenantes et identifier les logiques d'interprétation favorisant ou freinant la résilience de la population face aux risques environnementaux.
Projets financés
- Rouquette, S., RIDCELS (2023-2025), 86 000 € — Étude sur les campagnes de sensibilisation auprès des lycéennes de la région Auvergne et leur impact sur la perception de la science.
- Rouquette, S., PACSEN (2020-2023), Projet Feder, 296 000 € (dont 96 000 pour la communication) — Représentations médiatiques et perceptions des risques d’inondation et de retrait-gonflement des argiles dans le Puy-de-Dôme.
- Jacquez, L., Rouquette, S., van Wyck de Vries, B., COMVOL (2019-2022), CAP 20-25, 36 000 € — Projet international sur la communication du risque volcanique à Arequipa (Pérou).
- Rouquette, S., Van Wyck de Vries, B., Alary, V., InteRRsoc (2018-2023), CAP 20-25, 13 000 € — Collaboration scientifique pour la création du centre international sur la science des catastrophes et le développement durable.
- Thématique 3 : Médias et réseaux sociaux numériques
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L’espace public médiatique et la place des réseaux sociaux numériques dans les pratiques informationnelles sont des thématiques de recherche communes à plusieurs chercheurs de l’axe 2. Les recherches menées portent sur la construction médiatique des événements et des problèmes publics, ainsi que sur la production et la circulation de l’information numérique.
Le fonctionnement et la reconfiguration des espaces publics médiatiques ont été abordés par différents travaux au sein de l’axe 2. Alexander Kondratov étudie la place des médias et réseaux numériques dans l’espace public russe post-soviétique et les stratégies de communication en ligne des acteurs politiques en Russie, en contexte de guerre (2024, 2025). D’autres travaux portent sur la médiatisation de groupes minoritaires et stigmatisés, comme ceux d’Eric Agbessi sur les femmes voilées (2019) ou la communauté musulmane en France et aux États-Unis (2021). La mise en visibilité des migrants dans les médias est un autre domaine investi par plusieurs chercheurs de l’axe (Zouari 2019 ; Kondratov, Jacquez, 2025). Cette thématique des migrations est d’ailleurs transversale aux axes du laboratoire (Brassier-Rodrigues, HDR, 2024), et constitue un domaine d’expertise du laboratoire Communication et Sociétés. Le point commun de ces recherches est une attention portée aux ressorts de la conflictualité et aux luttes pour la visibilité dans les espaces publics contemporains.
L’essor des réseaux sociaux numériques est aussi abordé à partir de la question de la désinformation et des techniques de distorsion de l’information, comme le formule Lu Liu dans son enquête sur les réseaux sociaux pendant la pandémie de Covid-19 (2022). Les pratiques informationnelles et les usages des réseaux sociaux chez les adolescents et les étudiants sont également étudiés (Chaouni, 2024 ; Liu, 2023). Les travaux de Nawel Chaouni portent plus largement sur le lien entre usages numériques et constructions identitaires, notamment les discours extrémistes et les discours de haine en ligne (2024).